Inventaire des captages pour l’eau potable abandonnés en Poitou-Charentes

En Poitou-Charentes, plus de 410 captages d’eau pour l’alimentation humaine ont été abandonnés ces dernières décennies. Les concentrations excessives en nitrates et/ou pesticides expliquent généralement ces abandons. Ceux-ci concernent majoritairement les eaux souterraines (99 % des cas), ces dernières étant utilisées prioritairement.

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Sommaire de l’article :

Recensement et caractérisation des captages AEP abandonnés

Dans le cadre du Plan Régional Santé-Environnement, le BRGM vient de recenser les captages pour l’alimentation en eau potable abandonnés depuis plus de 30 ans. Partant d’une base de données initiales de plus de 600 points, en croisant les données de l’ARS et du BRGM, l’inventaire aboutit à 413 ouvrages anciennement exploités et actuellement abandonnés. Cet inventaire a fait appel à des visites de terrain pour voir le devenir de ces captages sur plus de la moitié des points.

L’inventaire fait l’objet d’une base de données en partie accessible sur ce site (cf. ci-dessus). Cette base de données, grâce à des lexiques classiquement utilisés, permet de faire des statistiques sur les causes d’abandon, le devenir des captages…

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Captages abandonnées recensés par département et par agences de l’eau

Nature des ouvrages abandonnés

Les prises d’eau superficielles ne représentent qu’un pour-cent des captages AEP abandonnés en Poitou-Charentes, la majorité des abandons concernant les ressources souterraines. Cette disproportion entre les abandons eau souterraine/eau superficielle est à mettre en relation avec le faible nombre de captage en eau superficielle en Poitou-Charentes. Ainsi, sur les 410 captages aujourd’hui en activité, les prises d’eau superficielles ne représentent que 4 % des captages mais participent à près de 40 % des volumes produits.

Tous motifs d’abandons confondus, l’arrêt de captages en eau souterraine concernent majoritairement les nappes libres (89 % des captages contre 11 % d’ouvrages pour les nappes captives).

Pour les captages en eau souterraine, les abandons affectent tous les types d’ouvrages (puits, forage, source). La proportion de sources abandonnées en Charente est importante, elles représentent près de 60 % des ouvrages. Cette forte proportion au regard des autres départements relève des caractéristiques hydrogéologiques du département (représentation majoritaire de l’aquifère karstifié du Dogger). Ainsi en 2011, les sources représentent 32 % des points d’eau exploités dans le département de la Charente contre 12 % dans les départements de la Vienne et de la Charente-Maritime et 6 % pour le département des Deux-Sèvres.

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Nature des captages AEP abandonnés en eau souterraine

Motifs d’abandon

En Poitou-Charentes, 63 % des abandons sont à mettre en relation avec une dégradation de la qualité des ressources en eau. Si à l’échelle nationale le nombre d’abandon pour raison qualitative tend à diminuer depuis 2000, cette tendance ne s’affirme pas à l’échelle régionale. La seconde cause d’abandon régionale (16 %) est liée au caractère improtégeable de l’aire d’alimentation de captage. Cette cause est toujours associée à des eaux de qualité biologique et/ou chimique médiocre. La troisième cause d’abandon relève de la productivité des captages (13 %). Rappelons que le terme de productivité englobe à la fois la baisse de productivité d’un ouvrage et l’augmentation de la demande à laquelle les volumes produits ne peuvent plus répondre.

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Répartition des motifs d’abandon

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Evolution temporelle des motifs d’abandon
(2012 : données partielles)

Selon le département, 40 à 90 % des abandons pour raison qualitative s’expliquent par des teneurs en nitrates, d’un pesticide ou du cumul de pesticides supérieures ou égales à la norme de potabilité (50 mg/L pour les nitrates, 0,1 µg/L par pesticide et 0,5 µg/L pour la somme des pesticides). Rappelons que le nombre d’abandon pour dépassement des normes pesticides peut être sous-estimé en raison de l’évolution réglementaire et technique influençant le nombre de molécules recherchées.

Dans le département de la Charente, la mauvaise qualité microbiologique des eaux et les pointes de turbidité font partie des causes majeures d’abandon. Ce constat est à mettre en relation avec la forte vulnérabilité des sources exploitées vis-à-vis des pollutions de surface et la réactivité importante du système aquifère jurassique karstifié.

Dans les départements de la Vienne et de la Charente, certains abandons sont liés aux teneurs en arsenic, constituant naturel des aquifères du socle, du Jurassique inférieur, voire de la base du Cénomanien (Crétacé supérieur).

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Répartition par département des causes d’abandons liés à la qualité de la ressource

Les abandons en raison de la dégradation de la qualité des eaux souterraines affectent les trois grands ensembles aquifères que sont le Jurassique moyen, le Jurassique supérieur et le Crétacé supérieur ; les deux derniers comptabilisant un nombre élevés de captages abandonnés.

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Captages abandonnés pour raison qualitative sur les grands aquifères libres de Poitou-Charentes.

Débit et solution palliative

Sur la base des quelques informations disponibles, il apparait que les abandons concernent principalement les captages au débit de production inférieur à 400 m3/j. En première approximation, i.e. sur la base d’une consommation quotidienne de 200 l/hab, ces ouvrages desservaient des populations inférieures à 2 000 habitants. Ce premier constat rejoint les conclusions tirées à l’échelle nationale dans le cadre de la synthèse de la Direction Générale de la Santé [DGS, 2012].

Les abandons de captages s’accompagnent généralement de la mise en place d’une solution de remplacement.

Les abandons se font majoritairement au profit d’une interconnexion (66 %) sur un réseau préexistant. En parallèle, les données SISE-Eaux témoignent de la mise en service de captages caractérisés par des débits de production élevés (> 400 m3/j), i.e. destinés à l’alimentation de populations de taille plus importante.
L’exploitation d’une nouvelle ressource ne concerne que 24 % des solutions mises en place.

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Captages par classe de débit et solutions de remplacement

Devenir des ouvrages : état, fonction et usage

L’état d’un ouvrage se décompose en deux termes : la sécurisation et l’équipement. La sécurisation, telle que définie ici, englobe l’ensemble des dispositifs empêchant l’accès direct à la ressource : dalle béton, plaque cadenassé etc. De même, l’équipement n’intègre que les pompes et tuyaux d’exhaure présents dans l’ouvrage. Ce terme exclut l’aménagement nécessaire au fonctionnement tel que le raccordement électrique, les unités de traitement, les canalisations de desserte etc.

L’état actuel des captages AEP abandonnés en Poitou-Charentes est synthétisé sur le graphe ci-dessous. Sur les 413 ouvrages enquêtés, 20 % ne sont pas renseignés. Ce sont surtout des ouvrages n’ayant pas fait l’objet d’une visite de terrain.

13 % des ouvrages ne sont pas sécurisés et constituent un risque potentiel pour la population et la ressource en eau. 50 % des ouvrages témoignent d’un accès sécurisé à la ressource en eau, au moins un tiers étant toujours équipés de pompes généralement hors d’usage. Ces premières classes constituent des points d’accès potentiels à la ressource en eau souterraine dans le cadre d’un suivi de la qualité des eaux. En revanche, aucun ne répond aux exigences techniques relatives à l’abandon d’ouvrages soumis à déclaration (Arrêté du 11/09/03 portant application du décret n° 96-102 du 2 février 1996 et fixant les prescriptions générales applicables aux sondages, forages, créations de puits ou d’ouvrage souterrain soumis à déclaration). 16 % des ouvrages ont été rebouchés et ne peuvent plus faire l’objet de prélèvement.

Les projets de remise en service à des fins d’alimentation en eau potable ne concernent qu’un pour-cent de ces anciens captages.

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Etat des captages AEP abandonnés

70 % des ouvrages renseignés n’ont plus de fonction à ce jour. 15 % sont exploités, le plus souvent temporairement, à des fins domestiques (puits particulier, arrosage des jardins), agricoles (irrigation, abreuvage du bétail), d’entretien communal (espace verts etc.), géothermales, de protection incendie ou de procédés industriels.

Le suivi de la qualité physico-chimique des eaux souterraines/superficielles des anciens captages AEP est rare (9 %). Sur les 31 captages recensés, 26 sont suivis dans le cadre des réseaux RCO-RCS-POC. Les cinq restants sont contrôlés par les syndicats d’eau, propriétaires des ouvrages.

La reconversion en piézomètre ne concerne que 5 % des ouvrages.

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Usages actuels des captages AEP abandonnés

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